Spécifique
Chers amis,
Ce débat d’orientation budgétaire ouvre le cycle que nous aurons à affronter dans les mois et les semaines à venir. Ce débat annuel c’est d’abord l’expression d’un projet politique. Nous avons une double responsabilité : tenir les engagements que nous avons pris devant les franciliennes et les franciliens, et apporter une réponse juste à la crise profonde que traverse notre pays.
Le contexte économique et financier nous appelle plus que jamais à montrer qu’un autre chemin est possible.
Un autre chemin est possible que celui de l’austérité et de la rigueur budgétaire imposées par un gouvernement qui met en miettes les services publics et les solidarités.
Un autre chemin est possible que la prise de pouvoir par les marchés, qui au gré des oracles définis par les agences de notation, font et défont les gouvernements en Europe.
Un autre chemin est possible que l’attente indéfinie d’une croissance incertaine qui tiendrait lieu de miracle mais ressemble aujourd’hui plutôt à un mirage.
Ce débat d’orientation budgétaire, il est l’occasion de proposer une alternative, à la fois sur les objectifs que nous poursuivons que sur les moyens de les atteindre.
I La Région doit maintenir des objectifs ambitieux
Nous devons réaffirmer la priorité donnée au secteur des transports. Tel était notre engagement de campagne : faire en sorte que chacune et chacun ait accès à des transports de qualité.
Qualité des transports, desserte fine de tout le territoire et un pass navigo à tarif unique qui garantisse l’égalité territoriale sur l’ensemble du territoire. Tels sont les engagements que nous avons pris devant les franciliens.
Les mirages du Grand Paris Express n’apporteront aucune réponse à leurs attentes. Car on en peut se satisfaire aujourd’hui des envolées lyriques de M. Sarkozy qui imagine notre Région dans trente ans, mais de réponses concrètes dès aujourd’hui.
Monsieur le Président, vous avez souhaité inscrire dans ces orientations budgétaires, l’objectif de la mise en œuvre de la tarification unique et je m’en félicite. Car telle est la parole que vous avez donnée aux franciliennes et aux franciliens.
Permettez moi cette incisive, les débats que nous avons ici, ne doivent pas être simplement techniques, ils sont d’abord des débats politiques. La démocratie se meurt des paroles trahies, abandonnées, désertées. Aujourd’hui plus que jamais, il est de la responsabilité des femmes et des hommes politiques de tenir leurs engagements. C’est parce que je crois à cela que je fais de la politique.
C’est pour cela, que nous vous invitons à mettre en œuvre cette tarification unique dans les meilleurs délais (dès l’année prochaine). Ce n’est pas ici le caprice d’un groupe politique, mais bien au contraire notre volonté commune d’apporter des solutions aux inégalités qui se creusent sur notre territoire et de rester fidèle à une certaine idée de la politique et de la démocratie.
Mais un budget régional ne se résume pas uniquement à son volet transports.
Face à la crise que nous traversons, la région doit être au rendez-vous face à l’urgence sociale.
13% des Franciliens vivent avec moins de 943 € par mois, tandis que le nombre de bénéficiaires des minimas sociaux a augmenté de 7% et que les dossiers de surendettement se multiplient. Dès lors, l’action sociale ne peut être seulement « préservée », mais nous devons lui donner un nouveau souffle. Ce souffle, il s’accompagne de l’effort ambitieux que vous avez visé sur le logement en voulant doter la région d’un engagement d’un milliard d’euros sur la mandature.
Après la catastrophe de Fukushima, et nous avons eu largement l’occasion d’en discuter dans cette assemblée, nous devons apporter des réponses nouvelles. L’Ile-de-France doit s’engager sur la voie de la transition énergétique. C’est ce que nous ferons tout à l’heure en créant pour la première fois la SEM POSITIF : premier service public régional des énergies renouvelables. Alors donnons nous les moyens de nos ambitions, notre budget ne doit pas se contenter d’une politique d’accompagnement, il doit être celui d’une transformation.
Prenons la voie d’un nouveau développement. Cette transition ne doit pas laisser de côté l’objectif de faire de l’Ile-de-France la première écorégion : protection de la biodiversité, lutte contre les pollutions et contre les injustices environnementales doivent être au cœur de nos politiques.
C’est l’ensemble des politiques qui doit aller dans le sens de la conversion écologique et sociale. Dans certains secteurs, ce n’est pas forcément une question de moyens.
L’urgence de la conversion écologique et sociale, rappelée par la SRDEI, doit impacter l’ensemble des dispositifs. Il s’agit d’accompagner l’ensemble des acteurs, et en premier lieu les PME délaissées par les banques, à l’aide de nouveaux outils. De même, il s’agit d’encourager plus fortement l’économie sociale et solidaire, qui constitue une véritable réponse à la crise. Par ces moyens, et par un soutien renforcé aux emplois tremplins, nous apporterons des réponses au problème grandissant du chômage. Nous devons réaffirmer notre ambition territoriale : enclencher une dynamique de lutte contre les inégalités territoriales et de relocalisation des activités.
Ces ambitions sont partagées, mais nous devons travailler ensemble pour dépasser les inerties régionales et proposer une alternative aux inepties gouvernementales. Laissons à la droite l’obsession des taux d’inflations, d’endettement, et mettons au cœur de nos protections l’objectif suivant : ne plus courir après le vieux monde, mais inventer dès maintenant ici celui de demain.
II Des moyens ambitieux pour financer l’alternative
Et permettez moi, monsieur le président, de considérer que la vision décrite ici concernant le financement me semble bien manquer d’imagination et d’innovation.
Au final, vos orientations nous proposent l’austérité comme horizon. Même s’ils apparaissent apparemment fixes, au lieu d’une véritable ambition nouvelle, vous ne proposez, ni plus, ni moins à moyen terme de réduire notre effort d’investissement.
Vous semblez oublier que la dette qui devrait vous préoccuper, n’est pas d’abord celle de la région Ile-de-France, mais bien une autre dette : celle d’un Etat qui a abandonné ses collectivités locales comme seul rempart face à la crise. Aujourd’hui le gouvernement voudrait nous faire porter le chapeau de son irresponsabilité coupable. Mais ne nous laissons pas berner, c’est bien les cadeaux fiscaux qui ont creusés l’endettement de notre pays. En attendant année après année, la majorité et le gouvernement n’ont jamais honoré leurs engagements envers les Franciliens et envers les collectivités locales.
La politique que nous faisons ici doit refuser le dogmatisme et la fatalité. Car les politiques de rigueur imposées en Grèce, en Italie et en Espagne ne se font qu’au bénéfice des banques et au détriment des plus défavorisés. Notre priorité, ça doit être la qualité de vie et non le triple A.
Et alors que Goldman and Sachs a placé aux plus hautes fonctions européennes ses protégés, M. Dragi, Monti et Papademos, il serait à notre honneur que ce ne soit pas eux qui nous dictent ici notre politique.
Ayons le courage d’être la première région, non pas à apparaître insouciante ou bien au contraire obsédée par le triple A, mais à refuser cette notation absurde qui prive la démocratie de son véritable sens.
La priorité de l’Ile-de-France ça n’est pas de rassurer les marchés, mais de dégager les marges de manœuvre qui nous permettront demain d’être au rendez-vous des Franciliens.
Refusons le fatalisme qui transparaît dans les lignes de ces orientations budgétaires. Aujourd’hui, les fondamentaux de la Région restent satisfaisants : notre taux d’épargne est supérieur à la moyenne, notre capacité de désendettement est maîtrisée, les charges d’intérêt ne représentent encore que 5% des dépenses de fonctionnement. En réalité, les recettes sont en hausse. Les recettes permanentes sont évaluées à 3,9 Mds, soit une hausse de 4,6% par rapport au BP 2011.
Et vous le savez d’autres recettes existent. Il y a un an tout juste, dans cette même salle, vous refusiez avec détermination, la proposition du groupe Europe Ecologie de créer la première fiscalité écologique régionale en appliquant la loi Grenelle 2 et en surmodulant la TIPP affectée aux infrastructures de transport. Aujourd’hui vous en prenez la décision, nous nous en félicitons. De la même manière, vous pourriez ne pas vous interdire d’ouvrir le débat sur la taxe sur les cartes grises.
A l’heure où certains semblent s’inquiéter des désidératas des banquiers, ne nous feutrons pas dans l’orthodoxie budgétaire. Ce sont nos amis du MRC qui le proposeront plus tard, mais l’idée d’un grand emprunt populaire et citoyen constitue une piste crédible et sérieuse pour nous libérer du joug de ces marchés.
Enfin, cessons de considérer notre région comme isolée et coupée de ses partenaires. Vous le savez, j’ai plaidé avec conviction pour une réforme ambitieuse de l’Association des Régions de France qui ouvrent son Congrès. Cette association ne doit plus être un simple club de présidents mais peut devenir le laboratoire démocratique d’une transformation de nos territoires. Alors osons lui proposer une vision nouvelle : une mutualisation de nos emprunts regroupés, non pas dans le but de toujours dépenser plus, mais au service de l’avenir, de la création d’emploi, de la conversion écologique de nos territoires, de l’éducation et de la qualité de vie.
Mesdames, Messieurs, vous le savez, dans la période trouble que traverse la France et l’Europe, on a parfois l’idée qu’une seule solution est possible, qu’il n’y a pas d’autre avenir. A chaque fois qu’elle a traversé une crise, l’Europe qui ne regarde que d’un côté s’enfonce dans les difficultés. La Région est au cœur de cette croisée des chemins : faisons le choix de montrer encore qu’on peut changer la vie ici et maintenant !
Cécile Duflot